16è Festival des Cinémas d'Afrique de Besançon, 2020

Developed in conjunction with Ext-Joom.com

Un cigare au miel

Réalisé par Kamir Aïnouz

Avec Zoé Adjani-Vallat, Amira Casar, Lyes Salem
2020 – France- Belgique – Algérie- 1h30

Neuilly-sur-Seine, 1993, alors que le terrorisme emmerge en Algérie, Selma, une jeune algérienne rangée, enclenche une dynamique qui va entraîner pour elle et sa famille des conséquences beaucoup plus radicales qu'elle ne l'imaginait lorsqu'elle décide d'acter son désir sexuel.

Biographie

Kamir Aïnouz  

Née à Paris de parents algériens Kamir Aïnouz étudie l'écriture cinématographique à l'UCLA et participe à différents ateliers de réalisation à l'USC. Elle a travaillé comme scénariste notamment sur "Lol USA" de Liza Azuelos (2012). "Cigare au miel", marque ses débuts à la réalisation. Elle est lauréate pour ce projet de premier long métrage du Screenwriters Lab du Sundance Institute/RAWI et de l'Aide à l'écriture de la Fondation Beaumarchais-SACD. En 2020 son Film, Cigare au Miel, est Sélectionné en film d'ouverture de Venice Days, sélection parallèle de la Mostra de Venise 2020.

Réalisation

2020                     CIGARE AU MIEL | Eliph Productions/ Willow Films

Sélectionné Au Screenwriters Lab Du Sundance Institute/RAWI - Aide À L'écriture De La Fondation Beaumarchais/SACD - Sélectionné En Film D'ouverture De Venice Days, Sélection Parallèle De La Mostra De Venise 2020

2006                     EVERYDAY PLEASURES | Atelier « Independant Eye » de USC

2006                     BEHIND THE SCENES | Atelier « Independant Eye » de USC

2006                     ROSES, COFFEE | Atelier « Independant Eye » de USC

2002                     ILLUSTRATIONS | Atelier « Digital Filmmaking » de USC

Ecriture

2020                     BLOCK 46 | Banijay Studios/ cine France pour Amazon france | Adaptation du roman éponyme de Johana Gustawsson

2018                     IL NEIGE A SIDI BOUSAID (Documentaire de Cinéma) | Co-écriture avec Fatma Chérif | Réalisation Fatma Chérif | Mille et Une Productions

2012                     LES MONTAGNES RUSSES | Kobayashi Films

Co-Adaptation Avec Laetitia Colombani De L'autobiographie De Jean Albou

2012                     LOL USA | Réalisé par Lisa Azuelos | Co-scénariste | Bethsabée Mucho, Double feature Films, Mandate Picture

Avec Demi Moore, Miley Cirus

 

Sœurs

Réalisé par Yamina Benguigui

Avec Isabelle Adjani, Rachida Brakni, Maïwenn
2020 – France – 1h35

Depuis trente ans, trois sœurs franco-algériennes, Zorah, Nohra et Djamila vivent dans l’espoir de retrouver leur frère Rheda, enlevé par leur père et caché en Algérie. Alors qu’elles apprennent que ce père est mourant elles décident de partir toutes trois le retrouver en Algérie dans l’espoir qu’il leur révèle où est leur frère. Commence alors pour Zorah et ses sœurs une course contre la montre dans une Algérie où se lève le vent de la révolution.

Biographie

Yamina Benguigui  

Yamina Benguigui, née Yamina Zora Belaïdi le 9 avril 1955 à Lille (Nord), est une réalisatrice et femme politique française.

Elle revendique dans son travail, que ce soit par le biais du documentaire ou de la fiction, une volonté de contribuer à rendre visible une mémoire commune et à restaurer, sans ressentiment, une identité tronquée entre deux cultures, pour un mieux vivre ensemble.

Du 16 mai au 21 juin 2012, Yamina Benguigui exerce la fonction de ministre déléguée chargée des Français de l'étranger et de la Francophonie auprès de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, dans le gouvernement Ayrault I. Du 21 juin 2012 au 31 mars 2014, elle occupe le poste de ministre déléguée à la Francophonie dans le gouvernement Ayrault II. Depuis 2008, elle est conseillère de Paris (dans le groupe des non-inscrits depuis 2014)6

Depuis 2015, elle est vice-présidente de la fondation Énergies pour l'Afrique, présidée par Jean-Louis Borloo.

Filmographie

Longs métrages de fiction :

2001 : Inch'Allah dimanche

2020 : Sœurs

Courts métrages de fiction :

2000 : Le Grand Voyage de Lalla Amina

2001 : Pimprenelle, dans le cadre de la collection Pas d'histoires.

Téléfilms :

2009-2012 : Aïcha

Documentaires :

1994      Femmes d'Islam

1996      La Maison de Kate, Un lieu d'espoir

1997      Mémoires d'immigrés, l'héritage maghrébin       Histoire de l'immigration maghrébine en France (3 x 52 min)   

1999      Un jour pour l'Algérie     La journée de commémoration et de soutien à l'Algérie du 10 novembre 1997 - Planète Forum

2000      Le Jardin parfumé           La sexualité dans la société arabo-musulmane (52 min)  Arte

La télévision, une compagne bruyante pour une solitude muette             La télévision dans les foyers (15 min) 

2003      Aïcha, Mohamed, Chaïb… Engagés pour la France            L'intégration de la composante de culture maghrébine dans les corps de l'armée (52 min)  France 3

2004      Le Plafond de verre – Les Défricheurs     Les discriminations à l'embauche des jeunes diplômés issus de l'immigration (104 min)          

2008      9-3 Mémoire d'un territoire        L'histoire de la Seine-Saint-Denis de 1850 à nos jours (90 min) 2010    Métro, BUS, RER, Etc…Histoires de vies en commun

 

Rouge

Réalisé par Farid Bentoumi

Avec Zita Hanrot, Sami Bouajila, Céline Sallette
2020 – France, Belgique -1h28
Le film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020.

Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours.

Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité.

Biographie

Farid Bentoumi  

Farid Bentoumi est un réalisateur, scénariste et acteur franco-algérien. Il a notamment écrit et réalisé Good Luck Algeria, qui s'inspire de la participation de son frère Noureddine Maurice Bentoumi aux JO de Turin 2006.

Après avoir été comédien, il se tourne vers le documentaire puis la fiction1. Entre 2011 à 2015, il écrit puis réalise Good Luck Algeria, qui s'inspire de la participation de son frère Noureddine Maurice Bentoumi aux JO de Turin 2006 et plus généralement de l'histoire de sa famille. Avec ce film, sa volonté est d'utiliser une histoire sportive en partie fictive pour parler de thèmes comme l'intégration, la nationalité ou la transmission entre générations. « Au-delà de l’histoire du défi sportif, votre film parle surtout d’identité, d’immigration… »

Rouge est son second long métrage de fiction

Filmographie

En tant que réalisateur et scénariste

2011 : Brûleurs (court)

2015 : Un métier bien (court)

2015 : Good Luck Algeria ( présenté à Lumières d’Afrique)

2020 : Rouge

En tant que réalisateur

2010 : El Migri (court, documentaire)

2009 : Un autre jour sur terre (court)

 

Seules les bêtes

Réalisé par Dominik Moll

Avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Damien Bonnard
2019 – France – 1h57

Une femme disparaît. Le lendemain d’une tempête de neige, sa voiture est retrouvée sur une route qui monte vers le plateau où subsistent quelques fermes isolées. Alors que les gendarmes n'ont aucune piste, cinq personnes se savent liées à cette disparition. Chacune a son secret, mais personne ne se doute que cette histoire a commencé́ loin de cette montagne balayée par les vents d’hiver, sur un autre continent où le soleil brûle, et où la pauvreté́ n’empêche pas le désir de dicter sa loi.

2 mondes délaissés par la fiction

Avec Gilles Marchand, Dominik Moll a adapté le livre "Seules les bêtes" de Colin Niel. Plusieurs choses présentes dans l'ouvrage ont poussé les scénaristes à se lancer dans l'aventure, comme par exemple cette exploration de deux mondes bien différents et souvent délaissés par la fiction : "La campagne française, en l’occurrence les Causses où les éleveurs sont parfois si isolés qu’ils ont du mal à fonder une famille, et à cinq mille kilomètres de là, une métropole africaine de près de cinq millions d’habitants, Abidjan, où certains jeunes rêvent de faire fortune en devenant « brouteurs », c’est à dire cyber-arnaqueurs. Colin Niel rend ses personnages si vibrants et attachants que j’avais envie de les voir en chair et en os." 

Structure particulière

Une autre raison qui a poussé Dominik Moll à réaliser Seules les bêtes réside dans la structure spécifique du roman, où chaque chapitre correspond au point de vue d'un personnage. Le réalisateur explique : "Cette structure crée du mystère et du suspens. A chaque nouveau chapitre se dévoile une couche supplémentaire du récit global, un autre point de vue, de nouveaux éléments, qui apportent un éclairage nouveaux sur ce qui a pu se passer. Cet éclairage créant lui-même de nouvelles zones d’ombre. Cette structure singulière rend aussi le spectateur particulièrement actif. Changer de point de vue peut dérouter un instant mais ça devient vite ludique et excitant."

Un lieu à fort potentiel cinématographique

La majorité de l'intrigue de Seules les bêtes se déroule dans le Causse Méjean au sud du Massif central. Dominik Moll confie : "J’y avais séjourné deux fois et à chaque fois j’avais été frappé par le potentiel cinématographique de ces paysages. Le plateau du Causse a quelque chose de très particulier, cette immense étendue désertique cernée de gorges, lui donne un côté forteresse naturelle, seulement accessible par de petites routes en épingles à cheveux. D’ailleurs l’histoire joue de ce contraste. Il y a ceux qui vivent sur le Causse, et ceux de la vallée. Ces paysages sous la neige sont bien sûr très cinégéniques, mais ils renvoient surtout à ce que sont les personnages."

Tourner à Abidjan

Pour les scènes se déroulant à Abidjan, Dominik Moll et son équipe ont tourné dans les quartiers de Yopougon et Treichville. Le cinéaste se rappelle : "Outre l’aide précieuse de Faissol Gnonlonfin et Joël Akafou, nous avons pu nous appuyer sur une production locale (Boucan Productions), ce qui nous a grandement facilité la tâche. L’équipe était mixte, européenne et africaine, ce qui a également permis de se faire accepter par les habitants. Par moment nous étions dans une configuration presque documentaire, notamment dans les scènes de rue où nous avons pu profiter de la figuration naturelle, ce qui amène toujours de la vie et du réel et renforce et nourrit d’autant plus la fiction."

Film noir et politique

Dominik Moll voit Seules les bêtes comme un film noir. Il précise : "Mais tourner à Abidjan, montrer ces jeunes dans leur désir de richesse, montrer aussi l’isolement d’un certain monde rural en France, mettre ces deux mondes face à face aujourd’hui... tout cela a bien sûr une dimension politique. Que l’on soit sur le Causse ou à Abidjan, au-delà des inégalités économiques, chacun recherche un idéal. Mais malgré le réseau internet qui désormais relie potentiellement tous les individus de la planète, le paradoxe du « si loin –si proche » ne cesse ne se creuser. Nous sommes peut-être de plus en plus proches... et de plus de plus en plus loin."

Biographie

Dominik Moll  

Né de père allemand et de mère française, Dominik Moll grandit à Baden-Baden. Adolescent, il rêve de tourner des documentaires animaliers. Parti à New York étudier le cinéma à la City University, il tourne en 1983 son premier court métrage, The Blanket, d'après une nouvelle de Bukowski. Il réalisera plusieurs autres courts dans le cadre de l'IDHEC où il se lie d'amitié avec d'autres futurs cinéastes, notamment Laurent Cantet (Moll sera son assistant réalisateur sur Les Sanguinaires et Ressources humaines) et Gilles Marchand, qui deviendra son scénariste. Il assiste également Marcel Ophuls sur le tournage du célèbre documentaire-fleuve Veillées d'armes en 1994.

Dominik Moll réalise en 1993 son premier long métrage, Intimité, inspiré d'une nouvelle de Jean-Paul Sartre, mais ce coup d'essai, dans lequel apparaît déjà le goût du cinéaste pour la manipulation, passe inaperçu dans les salles. Moll devra attendre six ans pour tourner son deuxième film, Harry, un ami qui vous veut du bien. Ce thriller brillant et dérangeant, présenté en Sélection officielle à Cannes, obtient un succès public qui dépasse les frontières, ainsi que 4 Césars, dont ceux de Meilleur réalisateur et de Meilleur acteur pour Sergi Lopez, parfait dans un rôle, à contre-emploi, de psychopathe plein de bonnes intentions. Son partenaire, Laurent Lucas, fera partie du quatuor formé par Dominik Moll pour son film suivant, le tout aussi inquiétant Lemming. Ce troisième opus, qui réunit aussi Charlotte Gainsbourg, André Dussollier et Charlotte Rampling, est présenté en ouverture du Festival de Cannes 2005.

Dominik Moll réalisera son film suivant cinq ans plus tard. Cette fois, le cinéaste entreprend l'adaptation d'un roman gothique du XVIIIème siècle, écrit par Matthew Lewis. Son Moine est porté par Vincent Cassel, Déborah François, Géraldine Chaplin, et le fidèle Sergi Lopez.

Petit Pays

Réalisé par Eric Barbier

Avec Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina, Isabelle Kabano
2019 – France, Blegique , Burundi – 1h53 VOSTF
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Dans les années 1990, un petit garçon vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite soeur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu'à ce que la guerre civile éclate mettant une fin à l'innocence de son enfance.

Adaptation d'un roman

Petit pays est adapté du roman du même nom écrit par Gaël Faye, auteur-compositeur-interprète et rappeur. Publié en 2016, l'oeuvre, qui est inspirée du vécu de son auteur (qui a fuit son pays natal du Burundi pour la France à l'âge de 13 ans en raison de la guerre civile et du génocide des Tutsis au Rwanda) s'est écoulée à plus d'un million d'exemplaires. A noter que le précédent film d'Eric Barbier, La Promesse de l'aube, était lui aussi une adaptation d'un roman (écrit par Romain Gary). L'écrivain se rappelle de ce qui l'a intéressé dans le livre de Gaël Faye :

"Pour ma part, je n’ai pas hésité trop longtemps et ce qui m’a décidé à accepter le principe d’une adaptation, ce qui m’a motivé, c’était de constater que nous n’existions pas dans le cinéma mondial, dans l’imaginaire du public. Quand je dis « nous », je veux dire cette région du monde, mon pays d’origine. Le Burundi, le Rwanda, c’est une terre inconnue. Ne surnagent que des clichés : la violence et la guerre. On ne connaît pas les gens, on ne connaît pas l’intimité de ce qu’ils vivent et pensent. Il était important que cette histoire existe dans un film pour cette raison-là. Le cinéma est beaucoup plus puissant et plus populaire que la littérature dans cette optique : faire en sorte qu’un monde soit reconnu."

Expérience douloureuse

Si Gaël Faye a assisté à une partie du tournage, le romancier a vécu la première projection du film comme un moment violent. Il se souvient : "Ce fut d’autant plus dur que le film a fait remonter des souvenirs de ma propre vie. À la sortie de la première projection, je n’avais rien à dire à Éric parce que j’avais besoin de digérer…"

Non-professionnels

90 % des gens que l'on voit dans Petit pays n’avaient jamais joué de leur vie. "Quand on rencontre des Rwandais, on se rend compte que leur manière d’être est très particulière. Sans généraliser, il y a dans le pays, une manière de se parler, de se saluer, d’intervenir dans une conversation, qui est unique", raconte Eric Barbier.

Authenticité

La plupart des acteurs qui apparaissent dans Petit pays ont amené leur propre histoire dans le film. Par exemple, les hommes qui jouent les voyous des gangs de Bujumbura sont des jeunes que Eric Barbier et que sa directrice de casting Didacienne Nibagwire ont trouvé dans le camp de réfugiés burundais de Mahama. "Ce sont de jeunes Burundais qui ont eu maille à partir avec le gouvernement de leur pays avant de s’enfuir. Ces jeunes connaissaient la violence de la rue, la violence des manifestations et cette vérité qu’ils dégagent est perceptible dans le film", confie le metteur en scène.

Isabelle Kabano Yvonne

Isabelle Kabano incarne Yvonne, la mère de Gaby, une femme déchirée prenant une attitude désinvolte. La comédienne précise : "Yvonne fuit la réalité depuis toute jeune. Elle se marie à un muzungu comme on appelle les Blancs là-bas. Tout le monde autour d’elle pense qu’elle a gagné le gros lot et qu’elle est la femme la plus heureuse du monde. Elle fait la fête parce qu’elle veut jouer un rôle. Elle fait des enfants qu’elle n’assume pas parce qu’elle ne supporte plus leur père. Elle a un mari qui n’arrête pas de lui rappeler qu’elle a de la chance de vivre avec un muzungu. Elle est dans le déni par rapport à ce qui se passe dans son pays natal. Quand elle voit finalement la réalité en face, elle n’y arrive plus. Elle n’existe juste plus."

Un document précieux

L’histoire de Petit pays se passe il y a 25 ans : il s'agit donc d'un film d’époque ancré dans une réalité historique, mais Eric Barbier s'est heurté au fait qu’il y avait très peu d’archives ou d’informations sur le Burundi de cette période. Le cinéaste a en revanche visionné Gito, L'Ingrat réalisé par Léonce Ngabo, qui est un long métrage burundais tourné en 1992 et coproduit par la France. Il s'agit du seul film qui a été réalisé au Burundi à cette époque-là ! Il se rappelle :

"Ce film de fiction représentait pour moi un document précieux sur les années 1990. C’est un film que j’ai regardé sans cesse parce qu’on voit les voitures, on voit le centre-ville de Bujumbura, on voit les cafés, on voit les cabarets. Il me permettait d’attraper une atmosphère et des images. Il faut dire aussi qu’on était confronté à une autre difficulté : le contexte politique a fait qu’il nous était impossible de tourner au Burundi et que nous avons dû reconstituer les décors de Bujumbura au Rwanda. C’était d’autant plus difficile que le Rwanda est un pays qui a énormément changé en termes d’architecture et d’infrastructures."

Se mettre en retrait

Jean-Paul Rouve joue le père de Gaby, un personnage complexe et ambivalent d'expatrié français au Rwanda. Le comédien explique qu'il s'est mis, dans le film, en retrait, pour insister sur le fait que c'est vraiment le personnage de Gaby qui est au centre de l’histoire. Il explique :

"C’est lui que l’on suit. Mon rôle est secondaire mais il est très intéressant. Car qui sont ces gens-là, qui, comme mon personnage, vivent en Afrique ? Comment se placent-ils dans ce monde ? Ils se mêlent à leur environnement mais, en même temps, il y a un fond de colonialisme évident... Qu’est-ce que c’est ce mélange de respect et de condescendance ? La condescendance du Blanc en Afrique... D’ailleurs, je trouve que quand on est là-bas aujourd’hui, on peut ressentir ce parfum-là. Il existe toujours. Il y a une ambiguïté ou une ambivalence dans mon personnage qui est intéressante à jouer. Il fallait le construire avec ses contradictions ; dans son rapport à sa femme notamment. Il l’aime et il supporte en même temps mal ses insatisfactions. Quand elle dit qu’elle aimerait vivre à Paris, il a un peu de mépris vis-à-vis de ce désir. Il y a une petite voix chez lui qui lui dit qu’elle devrait déjà être contente d’être mariée avec un Blanc."

Plus brutal que le livre

Eric Barbier a réalisé le film de telle sorte que les spectateurs aient davantage conscience que tous les événements dramatiques qui se sont déroulés en 1993 et 1994 au Burundi sont très ramassés dans le temps. "Il se passe cinq mois entre le coup d’État au Burundi qui met le pays à feu et à sang et le début du génocide des Tutsis au Rwanda. La fiction condense la narration de ces drames dans un temps très court, qui donne l’impression que le film est plus brutal que le livre, bien que la majorité des scènes violentes soient extraites du roman : le coup d’État, la nuit de peur avec sa soeur, les coups de feu, la violence des gangs, le lynchage", explique Eric Barbier. Gaël Faye ajoute :

"La grande différence avec le livre est dans la concentration de l’action. Ce qui m’est d’ailleurs revenu, c’est l’état de tension dans lequel j’ai vécu. J’avais presque oublié cette tension et le film m’a rappelé une certaine réalité de la situation dans laquelle je me trouvais : tous les jours amenaient son lot d’angoisses avec le bruit de la guerre qui devient comme une musique de fond."

Les enfants

Djibril Vancoppenolle, qui joue Gaby, et Tao Monladja, qui incarne Gino, ont eux aussi découvert cette histoire en faisant le film et ils posaient beaucoup de questions à leur partenaire Isabelle Kabano. Cette dernière se rappelle : "Quand on était hors du tournage, je continuais à être la maman et je leur racontais ce qui s’était passé au Burundi et au Rwanda. Des fois, j’oubliais qu’ils n’étaient pas les miens pour de vrai". Jean-Paul Rouve poursuit au sujet des interprètes de Gaby et Ana (Delya De Medina) :

"C’est compliqué les enfants au cinéma : c’est tout ou rien. Djibril est naturel, juste, et très mûr. Il comprend la technique du cinéma, il comprend les contraintes. Il sait ce que c’est de trouver une place, refaire une prise. Il est surdoué ce gamin. La petite Delya qui joue ma fille est incroyablement touchante. C’était plus délicat avec elle parce qu’elle est plus jeune. Elle pouvait prendre pour elle les émotions du personnage. Il y avait des scènes difficiles où elle devait pleurer, des scènes dans le noir où l’on entend les bruits de la guerre. Elle était impressionnée et émue, forcément. Il fallait faire attention."

Biographie

Eric Barbier  

Éric Barbier, né le 29 juin 1960 à Aix-en-Provence, est un réalisateur et scénariste français.

Diplômé de l'Institut des hautes études cinématographiques, il passe à la réalisation en 1991 avec le film Le Brasier. Mélodrame social sur l'univers minier interprété par Jean-Marc Barr et Maruschka Detmers, ce film est à l'époque, avec environ 100 millions de francs, l'un des plus gros budgets du cinéma français. Il connaît cependant lors de sa sortie un échec commercial cinglant. Éric Barbier travaille ensuite dans la publicité.

Il revient en 2000 à la réalisation sur grand écran puis tourne en 2006 un nouveau film à gros budget, le polar Le Serpent, avec Yvan Attal et Clovis Cornillac. Son film suivant, Le Dernier Diamant, est une nouvelle déception commerciale.

 En 2017, il tourne La Promesse de l'aube, d'après le roman de Romain Gary, avec Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg.

Il s'est installé à Moussac en 1991, pour « vivre à côté des taureaux ».

Filmographie

Réalisateur :

1991 : Le Brasier

1993 : Un air de liberté (téléfilm de la collection Les Années lycée)

2000 : Toreros

2006 : Le Serpent

2014 : Le Dernier Diamant

2017 : La Promesse de l'aube

2020 : Petit Pays

Scénariste

2017 : Pris de court d'Emmanuelle Cuau

Acteur

1994 : Le Péril jeune de Cédric Klapisch

 



Avec la collaboration de : 
Bains Douches Battant  Migrations Besançon Bourgogne Franche-Comté 

Avec l'appui média de : 
L'Est Républicain Topo le magazine régional des jeunes Diversions maCommune.info Africultures Radio France Bleu Besançon RCF RadioRadio Campus Besançon Radio Bip Radio Shalom Besançon Villages FM Signis

Avec l'appui de : 
Megarama Beaux-Arts